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« Office on wheels » : quand la navette se consacre au temps de travail

Pour son personnel de la région de Gand, Colruyt affrète un autocar métamorphosé en bureau mobile. Les collaborateurs peuvent se mettre au travail dès l'embarquement, sans plus se soucier des embouteillages. Ce « car bureau » fait partie d'un projet pilote appuyé par l'autorité flamande, qui a dégagé un budget de 330 000 €.
Inutile de rappeler à quel point la mobilité est mauvaise en Belgique. Le calvaire quotidien des automobilistes est source de stress et de pertes de temps considérables. Pour certains travailleurs, c'est aussi un critère déterminant pour chercher un travail plus proche du domicile. Les entreprises voient ainsi partir certains de leurs bons éléments. Or en convertissant le temps de déplacement en temps de travail, travailleurs et employeurs sont tous gagnants. C'est exactement ce que vise ce bureau mobile. Autre atout pour l'environnement : comparé à une file de 20 voitures particulières, il occupe 120 m de moins sur la chaussée et consomme près d'une centaine de litres de carburant de moins (par 100 km).

Candidats nombreux
Ce projet a été mené par le VIM (Vlaams Instituut voor Mobiliteit) et la Beroepsvereniging van Autobus- en Autocarondernemers van West- Vlaanderen (BAAV). Le premier cité avait réalisé une enquête préalable auprès des entreprises (services HR, gestionnaires de flotte), utilisateurs potentiels ou secondaires. Le second envisage l'emploi du « car bureautisé » en dehors des navettes domicile-travail, pour optimaliser la rentabilité.
L'enquête du VIM a révélé qu'un grand nombre d'entreprises étaient intéressées par la mise en place d'un bureau mobile, en particulier dans le triangle d'agglomérations Anvers-Gand-Bruxelles. Au moins 30 % des entreprises sondées veulent y participer tout de suite, tandis qu'une proportion aussi forte se dit concernée sitôt le projet pilote terminé et la mise en place définitive.
Après évaluation positive du projet pilote, le VIM propose une vingtaine d'itinéraires dans le triangle précité. Étant donné que chaque autocar roule pour une seule entreprise, il faut au moins 20 à 25 travailleurs venant d'une même région. Mais pour évaluer le taux de remplissage effectif des autocars, et donc la rentabilité de chaque desserte, il faut tenir compte des absences ponctuelles, en raison qui d'un télétravail, qui de l'emploi occasionnel d'une voiture, etc. La fréquentation du « car bureau » peut donc varier d'un jour à l'autre, mais le potentiel semble toutefois suffisant. 75 % des personnes interrogées déclarent avoir l'intention d'utiliser le bureau mobile au moins une fois par semaine.
Le potentiel est particulièrement grand pour la desserte des zonings industriels, dont 40 % sont mal ou difficilement accessibles en transports publics. Cela dit, les entreprises qui y sont établies devraient trouver un consensus pour fixer les horaires, un ou plusieurs points de départ, etc.

Nouveau business model en vue 
L'enquête du VIM n'est pas la seule à avoir suscité un enthousiasme latent : une dizaine d'autocaristes du BAAV étaient disposés à investir dans le projet pilote, impliquant l'achat et l'aménagement d'un autocar en bureau, soit un budget d'environ 275 000 €. Un tel bureau mobile leur ouvre en effet la porte d'un nouveau business model.
Après avoir examiné les conditions que devrait respecter un « autocar bureau », le VIM a développé un cahier des charges pour les constructeurs d'autocars. Une connexion Wifi stable est évidemment un prérequis indispensable, mais il faut également un percolateur et suffisamment de place pour disposer des ordinateurs, des fardes et des dossiers, tout cela en respectant les conditions de sécurité.
VDL Bus & Coach a aménagé l'autocar bureau pour l'autocariste Mandelcar, qui l'affrète tous les jours au départ de Gentbrugge à 7h30. Le personnel de Colruyt y embarque et est ensuite directement acheminé vers Hal. Au retour, le bus quitte cette ville à 17 heures, direction Gentbrugge.

En pratique
Les collaborateurs de Colruyt qui ont recours à cet autocar « bureautisé » constatent un gain de temps quotidien d'au moins une heure. Le fonctionnement technique de la connexion Wifi est sans reproche, ce qui leur permet de travailler efficacement. Ils se réjouissent également du resserrement des liens informels entre collègues. Téléphoner durant les déplacements perturbe les autres passagers, certes, mais on remarque qu'une certaine discipline est spontanément adoptée par tous.
Au rang des désagréments, signalons les chocs ressentis dans l'autobus, en particulier lors des redémarrages incessants durant un embouteillage.
La grosse pierre d'achoppement est l'heure de départ dans l'après-midi, actuellement fixée à 17 heures. L'horaire ne souffrant aucun retard, pas question de « rater l'autobus ». Or qui vient en autocar doit évidemment retourner par le même moyen. Le manque de souplesse dans l'agenda pose dès lors problème : certains sont confrontés à des réunions qui s'éternisent.
Se passer totalement de voiture de société ne semble guère plus envisageable : un départ à 17 heures est beaucoup trop tôt pour certaines fonctions ; pour d'autres, les tâches professionnelles exigent des déplacements en voiture particulière.
L'autocar bureautisé engagé par Colruyt est également exploité durant les trajets habituels domicile-travail pour « Praktijk Coach », un organisme qui dispense des formations IT aux professionnels des soins de santé. Elles ont normalement lieu dans des locaux de cours classiques, mais l'envoi sur place d'un « autocar bureau » permet de toucher davantage de gens.
Eduard Codde
18-10-2016